Vœux du curé 2021

Nous venons de clôturer cette fameuse année 2020 qui fera date dans nos mémoires. On ne compte plus, ces jours-ci, sur les réseaux sociaux la circulation des illustrations et expressions visant à balayer, jeter, exploser, enterrer cette année éprouvante !

Pourtant nous nous sommes enrichis de connaissances nouvelles et d’expériences inédites ? Est-ce que nous connaissions tous le pangolin ? Et le port du masque à l’extérieur n’était-il pas plutôt une coquetterie asiatique que nous n’osions pas adopter par fierté occidentale ?

Mais c’est certainement le 1er confinement qui nous aura le plus marqués en nous contraignant à rester fixés à domicile pendant 2 longs mois et, pour les chrétiens, en nous privant douloureusement de la participation présente, active et familiale à la messe dominicale.

Les conséquences de cette épreuve sont multiples… Je pense en premier lieu aux personnes seules, aux tensions intrafamiliales exacerbées, aux situations de précarité sociale et professionnelle, aux divisions, à la perte de confiance, aux fidèles qui ne sont pas revenus après le confinement…

Nous mesurons peut-être davantage combien l’homme est un animal social. Combien son univers relationnel est essentiel pour qu’il vive comme un être humain.

Comment les chrétiens ont-ils vécu cette année 2020 ?

Je pense plus particulièrement à l’impact de ces circonstances sur notre vie chrétienne.

J’avoue, pour la part des prêtres, qu’il y a eu un petit flottement d’une semaine, puis que la machine pastorale est repartie à plein régime mais avec d’autres outils. Nous avons aussi eu la grâce de pouvoir consacrer davantage de temps à la prière… mais nous sommes des privilégiés car nous n’avions pas à gérer des enfants à domicile !

Notre préoccupation majeure a été de nous efforcer de maintenir un lien vivant et vivifiant avec les fidèles… Malgré les différentes initiatives prises, nous avons bien conscience que pour beaucoup de personnes cela ne suffit pas et que cette distance fut douloureuse à vivre. Croyez bien que cette distance fut éprouvante pour nous également et que nous n’avons jamais parlé à un écran avec la même joie que lorsque nous sommes face à face.

Oui, nous avons profondément mesuré combien rien ne peut remplacer la rencontre personnelle et directe !

Parmi les Joies qui ont été les nôtres : la bénédiction des maisons, la récolte des denrées (à 2 reprises : MERCI !), les messes à domicile, la visite des familles des enfants de première communion, la rencontre des chrétiens avec les jeunes WEMPS et la réalisation de vidéos pour mieux se connaître…

Parmi les Tristesses : les messes sans assemblées, les discours intransigeants qui balaient du bras ceux qui ne vivent pas comme moi ce confinement, la peur de l’autre perçu comme une menace pour soi, ceux que nous n’avons pas revus …

Et puis, tous nos programmes ont été bousculés ! Mais nous avons pu quand même célébrer le 20 juin les baptêmes de nos 7 adultes : quelle joie ce fut ! Par contre, les confirmations ont été reportées déjà 2 fois… L’Esprit Saint fait des cercles en attendant le feu vert de la tour de contrôle pour atterrir dans les cœurs. Ne manquez pas de dégager la piste d’atterrissage !

Nous pensons aussi à toutes les célébrations de baptême et de mariage reportées, aux obsèques en tout petit comité où nous avons essayé d’accompagner au mieux les familles dans le désarroi et la peine. Et en particulier, à la grande tristesse du décès de Karine, mère de famille, baptisée depuis peu et qui se préparait au mariage sur la paroisse.

Et puis, nous avons vécu un fort renouvellement de l’équipe sacerdotale avec le départ pour une autre mission de don Guillaume et don François-Xavier ; et l’arrivée de don François et don Louis-Marie. Nous accompagnons également de notre prière Amaury, qui a vécu 4 mois avec nous en tant que stagiaire. Il a mis un terme à sa formation au sacerdoce en vue de reprendre une activité artistique à plein temps.

Que sera l’avenir ? Que sera l’année 2021 ?

Il y a encore beaucoup d’éléments inconnus : nous ne savons pas si la pandémie marquera le pas. Qu’en sera-t-il des contraintes dans les prochaines semaines ? L’horizon n’est guère dégagé et nous ne pouvons pas miser avec la moindre certitude sur ce que le calendrier sera…

Cependant, il me parait indispensable de prendre conscience que la prise de hauteur est une nécessité !

C’est notre dignité d’être humain qui réclame la maîtrise de soi et le souci du bien commun.

Nous ne pouvons pas nous laisser aller simplement à nos humeurs sous prétexte que nous sommes contrariés par les contraintes sanitaires… même si c’est vrai que nous n’avons pas l’habitude de vivre de telles limitations de notre liberté.

Nous imaginons bien ce que c’est pour les populations en situation de guerre que de redouter un tir de roquettes ou de sniper embusqué… la survie est en jeu !

Mais le virus indécelable à l’œil nu et ses victimes invisibles ne nous donnent pas l’impression que des vies sont en jeu. C’est pourtant le cas : ne l’ignorons pas.

Nous ne pouvons pas non plus subir la situation et nous contenter de nous laisser balloter au gré des vagues en suivant mécaniquement l’ornière tracée devant nous sans nous poser la moindre question sur les conséquences humaines des évènements actuels.

C’est notre dignité d’être humain qui nous demande de prendre de la hauteur, même si la visibilité n’est pas dégagée, même s’il y a du brouillard… pour nous demander quel type d’homme cette situation est en train de forger et comment réagir à ce qui est en train de le déshumaniser ?

Pour prendre une simple illustration : don Antoine m’a rapporté hier qu’au cours de ses vacances il s’est trouvé dans le train entouré de personnes masquées, avec un casque sur les oreilles et les yeux fixés sur leur portable… chacun enfermé dans sa bulle ! A cette vue, il n’osait même plus regarder son billet de train sur son portable par crainte d’adopter le même comportement…

Après la révolution de la télévision qui a renvoyé chacun chez soi les anciens joueurs de cartes de Marcel Pagnol, confortée ensuite par la multiplication des écrans qui a fabriqué des wagons de personnes aux yeux rivés sur leurs portables, voilà qu’avec la pandémie le prochain devient une menace, auquel on ne parle plus, accentuant encore la pente vers l’isolement des gens…

Alors, oui, prendre de la hauteur, c’est se poser la question suivante :

Quelle action concrète pouvons-nous faire aujourd’hui pour contrecarrer cet isolement ?

Comment l’Evangile me demande-t-il d’agir aujourd’hui pour rejoindre mon frère isolé ?

Prendre de la hauteur, c’est se rappeler que notre objectif de chrétien c’est de vivre l’amour de Dieu et l’amour du prochain. C’est la charité fraternelle. Et que le Seigneur attend de nous aujourd’hui que nous ne soyons ni passifs, ni râleurs, mais plutôt préoccupés de vivre et de déployer la charité fraternelle ici et maintenant, dans les circonstances qui sont les nôtres. C’est là que Dieu nous attend.

L’amour du prochain :

Dans ces circonstances, c’est la préoccupation d’une plus grande fraternité.

Le pape François a récemment écrit une encyclique sur ce thème : Fratelli Tutti ! Tous frères ! Dans celle-ci, il nous invite fort opportunément à « tuer le virus de l’indifférence »…

Il fait également une méditation sur la parabole du bon samaritain.

Souvenez-vous que cette parabole intervient quand on s’interroge comment vivre le commandement de la Loi : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. »

Et Jésus va répondre par le bon samaritain à la question : « Qui est mon prochain ? »

Ensuite, le pape nous invite à développer une amitié sociale, pour aller au-delà d’une simple politesse mutuelle. Et l’amitié, ça commence par la gratuité et la bienveillance.

Nous ne pouvons pas nous réfugier chez nous en attendant que ça passe.

La Bonne Nouvelle portée par l’enfant-Dieu nous convoque autour de la crèche, que nous venions de près ou de loin. Et c’est autour de lui que nous allons construire une véritable fraternité. Lui qui nous dévoile que Dieu est notre Père commun.

Vous savez que vivre la communauté chrétienne comme une famille, est une préoccupation qui m’habite. Puissions-nous porter chacun cette question dans notre cœur… C’est ainsi que nous serons capables de prendre de nouvelles initiatives pour vivre l’amour du prochain.

L’amour de Dieu

C’est notre source. C’est là que nous voulons puiser la capacité à nous réconcilier avec nous-même et avec notre prochain. Et cela devient possible car :

Rien ne nous séparera de l’amour du Christ !

Pour garder vivant notre lien au Christ, demandons-nous comment faire aujourd’hui pour être davantage des sentinelles de l’invisible, c’est-à-dire tournés vers les réalités invisibles pour ne pas passer à côté, pour ne pas réorganiser notre rythme de vie sans Dieu.

Mais bien plutôt, pour lui donner une place prépondérante, car c’est dans la brume actuelle que la lumière est d’autant plus nécessaire… La lumière que le Christ apporte, c’est un peu comme les phares antibrouillards dont nous avons besoin aujourd’hui pour ne pas nous perdre…

Alors, comment pouvons-nous nous aider mutuellement à renouveler notre attachement au Christ ?

Vous avez compris que je ne vous ai pas donné de réponse toute faite…

Mais que j’ai voulu souligner des questions qui doivent habiter notre cœur de chrétien.

Des préoccupations dont nous ne pouvons pas nous dispenser.

Si ces préoccupations de nos frères habitent notre cœur et que nous demandons à Dieu de nous éclairer de sa lumière…

Alors, cette Année 2021 sera une Belle Année

Alors, cette Année 2021 sera une Sainte Année

Et c’est ce que je vous souhaite

Don René-François, curé