Qu’êtes-vous allés voir ?

Après s’être dépensé au service du Royaume en exhortant vigoureusement les foules à la conversion des cœurs, Jean-Baptiste avait peut-être imaginé une récompense plus heureuse que celle de se trouver prisonnier d’Hérode. Cette fin est dure, voire vertigineuse… Serait-ce le sort que Dieu réserve à ceux qui le servent ? Dans ce cas, comme le dit Thérèse d’Avila, il ne faut pas s’étonner que Dieu ait si peu d’amis ! Devant cette apparente indifférence de Dieu malgré nos bons efforts, la solitude de Jean-Baptiste dans son cachot peut nous rejoindre. Le Christ est-il bien ce sauveur annoncé ou devons-nous en attendre un autre ? La tentation de s’inventer un autre Messie a souvent menacé notre humanité si blessée qu’elle n’ose plus croire dans les promesses de Dieu.

Jésus répond par une question qu’il pose avec insistance aux foules : Qu’êtes-vous allés voir au désert ? La question est posée trois fois et de façon consécutive ! Prenons une image pour mieux comprendre cette insistance du Christ. Une seule lame d’un rasoir suffirait en soi à couper les poils de la barbe, et pourtant la plupart des rasoirs compte au moins trois lames pour une meilleure performance du rasage… La première lame commence le travail en coupant ce qui est visible à la surface de la peau, la deuxième coupe plus bas, et enfin la troisième achève le travail ! De la même façon, la répétition nous oblige à nous poser la question de plus en plus profondément pendant ce temps de préparation à Noël : que sommes-nous allés voir en commençant cet Avent ?

Au fond, Jésus nous interroge sur notre motivation profonde à l’approche du grand mystère de Noël. La première motivation – légitime pour une part – est peut-être celle de vivre un moment de pause et de retrouvailles familiales. On organise donc les trajets, les chambres et les repas pour que tout se passe au mieux. La deuxième motivation, plus profonde, peut être d’expérimenter un réconfort spirituel que peut offrir l’atmosphère intimiste d’une messe de minuit par exemple, ou une prière en famille devant la crèche aux lueurs des bougies. Mais le Christ nous repose une troisième fois la question – Qu’êtes-vous allés voir en commençant cet Avent ? – comme pour descendre plus profondément encore dans notre sanctuaire intérieur, jusqu’à éprouver le besoin urgent d’être sauvé par l’amour d’un Dieu. Il ne faut pas rater la cible ; notre ultime motivation doit être celle-ci : adorer Dieu dans l’enfant de la crèche et, du même coup, être sauvé !

Oui, Jean-Baptiste est bien plus qu’un prophète. Cette voix qui crie dans le désert doit être prise au sérieux. Ce n’est que dans la contemplation de ce mystère d’amour que Dieu comble notre solitude existentielle. N’attendons plus. Hâtons-nous vers la crèche avec un cœur de petit. Viens Seigneur Jésus ! Redis-nous encore de quel amour tu nous aimes !