Merci qui ?

            Les chrétiens ont un avantage culturel certain sur leurs contemporains : ils font du grec sans s’en rendre compte ! Sans effort, ils comprennent un vocabulaire que les hellénistes acquièrent avec peine, car beaucoup de mots de notre foi sont issus de la langue originale du Nouveau Testament. C’est le cas du mot qui sert à désigner l’admirable sacrement qui est « source et sommet de la vie chrétienne » et que des enfants de nos paroisses reçoivent pour la première fois ce dimanche : le sacrement de l’eucharistie.

         « Eucharistie » est le mot grec pour dire « action de grâce ». La gratitude que demande Jésus dans l’évangile à l’occasion de la guérison des dix lépreux trouve son expression la plus parfaite, la plus complète, la plus achevée, dans ce grand sacrement que nous célébrons chaque dimanche. La messe est l’action de grâce par excellence.

            Mais, si la messe est eucharistie (action de grâce), elle est action de grâce à quelqu’un. A un enfant qui dirait « merci » dans le vague, les parents répliqueraient « merci qui ? ». Pour dire merci, il faut un destinataire. Il faut aussi une voix (pour prononcer le merci) et un souffle (pour faire sortir le merci de la bouche). De même, le chrétien sait que son « eucharistie » a un destinataire : Dieu le Père. Elle a une voix : le Fils. Elle a un souffle : l’Esprit Saint. Toute la messe est un merci qui monte vers le Père, par la voix du Fils, dans le souffle de l’Esprit Saint. Ainsi le mystère de l’eucharistie, « résumé et somme de notre foi », nous fait grandir dans le mystère de la Sainte Trinité.

            L’action de grâce suppose aussi une raison, un motif. Quel est le motif de notre eucharistie ? Il est double : Création et Rédemption. La messe est une action de grâce au Créateur pour son œuvre merveilleuse de Création. Nous rendons grâce pour l’existence et pour les biens que nous recevons de lui. La messe est aussi action de grâce au Sauveur pour son œuvre plus merveilleuse encore de rédemption : par la croix de Jésus-Christ, le Père nous a donné le cadeau merveilleux de l’adoption filiale ! Voilà la double raison d’une action de grâce incessante à laquelle le prêtre fait allusion lorsqu’il verse la goutte d’eau dans le calice : Père, toi qui as merveilleusement créé l’homme et, plus merveilleusement encore, rétabli sa dignité, fais-nous participer à la divinité de ton Fils, puisqu’il a voulu prendre notre humanité.

            Profitons de ce dimanche de « premières communions » pour redécouvrir avec émerveillement la beauté et la richesse de la messe dans sa dimension d’action de grâce. Soyons des amoureux de l’eucharistie, le plus beau de tous les trésors, le plus beau de tous les MERCI !