Caritas Christi urget nos !

Le nom de Dieu est miséricorde explique le Pape François pour dire au monde à quel point cette notion de miséricorde « colle » avec l’identité même de Dieu. Nous y sommes peut-être trop habitués, au point de ne plus nous en émerveiller et de considérer la miséricorde comme une dévotion de plus à offrir à la piété populaire. Elle est pourtant la folie même de l’amour de Dieu capable de transformer réellement une vie humaine. Quelques traits de cette miséricorde surgissent des textes de ce dimanche et nous aident à pénétrer plus en profondeur ce mystère d’amour.

Il m’a été fait miséricorde, car j’avais agi par ignorance, n’ayant pas encore la foi. Conscient de notre faiblesse, Dieu exerce d’abord sa miséricorde en compensant par sa grâce ce qui nous manque à cause de notre péché. Pour le dire autrement, il comble le trou pour aplanir le terrain et nous remettre à niveau. Il faut parfois un peu de recul pour s’en rendre compte. Comme le fait St Paul dans l’épître à Timothée, une relecture de notre vie à la lumière du Christ nous rend conscients des dangers évités et de l’efficacité de la grâce de Dieu qui a « rattrapé » nos égarements, quelquefois sur plusieurs années.  Le péché nous a aveuglés, mais la grâce de Dieu, elle, nous a portés et n’a pas été vaine.

La grâce de notre Seigneur a été encore plus abondante. L’expérience de St Paul nous montre que la miséricorde va bien plus loin qu’un simple aplanissement de terrain. Le fils prodigue de la parabole l’illustre bien aussi : après avoir mené une vie de désordre, il décide de revenir vers son père. Celui-ci le devance dans sa démarche et, en plus de le réintégrer dans le cercle familial, lui fait des cadeaux réservés, dans la mentalité juive, aux plus grands dignitaires… à en rendre jaloux son frère qui se rend compte de la disproportion.  C’est l’expérience très concrète de l’adulte fraîchement baptisé qui se réjouit de son nouvel état tout en s’interrogeant comment lui, pécheur depuis son enfance, peut être ainsi « revêtu » du Christ ; ou celle du prêtre conscient de ses pauvretés qui revêt sur lui les vêtements sacerdotaux avant de célébrer la messe.

Mais s’il m’a été fait miséricorde, c’est afin qu’en moi le premier le Christ Jésus montre toute sa patience. La miséricorde de Dieu est contagieuse et impulse le désir missionnaire ! C’est là d’ailleurs la logique de l’Evangile : Soyez miséricordieux comme votre père est miséricordieux (Lc 6, 36). Chaque brebis qui se laisse trouver par le bon pasteur et qui fait ainsi personnellement l’expérience de sa bonté, devient la meilleure ambassadrice pour les autres brebis perdues. Aujourd’hui, les proportions sont inversées par rapport à la parabole : une brebis proche du berger pour 99 qui en sont éloignées ! 

Poussés par cette charité du Christ à notre égard, soyons donc ces missionnaires de la miséricorde